L’ivresse des libellules de Laure Manel

Laure Manel, L’ivresse des libellules, Editions Michel Lafon, Neuilly-sur-Seine, 2019

L_IVRESSE_DES_LIBELLULES_hdDepuis que j’ai découvert les deux premiers romans de Laure Manel l’année dernière (La mélancolie du kangourou et La délicatesse du homard), je ne peux plus manquer une nouvelle parution de l’auteur. Parce que ses précédents romans m’ont particulièrement touchées. Parce qu’ils m’ont laissé un sentiment de sérénité alors que les premières pages étaient difficiles. Quand L’ivresse des libellules est sorti au début du mois, je ne pouvais donc pas passer à côté. Et si l’auteur est sortie du schéma de ses premiers écrits, elle nous propose un roman frais et juste sur les longues amitiés et les longues amours.

C’est l’histoire d’une bande d’amis qui part tous les ans ensemble deux semaines dans une maison de location. Quatre couples avec enfants qui, cette année, décident de se passer de ces derniers pour des vacances plus tranquilles. Cette idée, c’est Sybil qui l’a eu : seconde compagne d’Alex, pas mère elle-même, les enfants, elle en a soupé ! Faire des choses d’adultes, ça changera un peu. Surtout que la maison qu’elle a choisi en Ardèche est luxueuse : piscine, jacuzzi, sauna, salle de billard, plein de chambres avec salles de bain privées, bref le grand luxe. Il est de fait obligatoire que les vacances soient superbes : barbecues, excursions, farniente, jeux et rires. Mais ça, c’était seulement si les tracas étaient restés à la maison : le couple qui s’étiole, le nouveau compagnon qui ne fait pas l’unanimité, les enfants qui manquent, les névroses de chacun, la routine. Et quand la jolie célibataire Valentine se joint à eux, le fragile équilibre se rompt tout doucement, et l’explosion approche. Alors, ces vacances, c’était comment ?

L’ivresse des libellules regroupe tout un panel de personnages détonnant et sympathiques (pour la plupart) qui nous entraîne avec eux dans leurs vacances sans enfant. Qui n’a pas rêvé de ce type de vacances, entre potes, dans une villa de rêve, à profiter de moments conviviaux et de supers visites ? Sauf que Laure Manel nous montre rapidement que ce dont on rêve ou ce qu’on envisageait est souvent éloigné de la réalité. Parce que le caractère de chacun, doublé des humeurs, tracas du quotidien, etc. s’invitent vite à la fête : pourquoi ce sont toujours les femmes qui font la bouffe et débarrassent la table ? Pourquoi Vincent regarde-t-il Valentine de cette manière ? Pourquoi Sébastien énerve-t-il autant Sybil ? Les humeurs et névroses de Sybil sont drôles à lire et mettent du piquant à l’histoire, mais on n’aimerait pas être à la place de ses amis ! La fragile Emilie qui se sent moche et grosse après 20 ans de mariage voudrait reconquérir son mari, Vincent, qui semble n’avoir d’yeux que pour Valentine, alors qu’elle fait tout pour changer… Caroline et Sébastien, nouvellement en couple, sont constamment l’un sur l’autre, rien de plus énervant ! Jérôme avec ses leçons d’Histoire et d’insectes en fatigue plus d’un… Bref, les caractères de chacun rendent la situation explosive ! Surtout quand les situations familiales et amoureuses viennent se frayer un chemin jusqu’à la jolie ville ardéchoise…

Si ce maelström d’émotions leur rend la vie un peu difficile, elle nous réjouit, nous lecteurs ! Parce qu’on assiste avec délectation à leurs prises de becs, à leurs leçons de féminisme et leurs vengeances, à leurs pétages de plombs et réconciliations. On s’attache à chacun d’eux et se retrouve dans l’un ou l’autre. Laure Manel a ce talent de ne pas faire de son roman une simple histoire d’amitiés ou d’amours, de ne pas nous fournir un happy end convenu. Elle nous propose un roman vrai, où les réactions des personnages sont fortes et parfois virulentes, pleines des imperfections de chacun (jalousie, accusations gratuites, rebuffades), avec un final qui se rapproche bien plus de ce qui se passerait véritablement dans la réalité. Et c’est pour ça que ce roman est plaisant : on a l’impression de se faufiler dans les vacances de ces personnages, dans leurs tracas, prises de bec et petits bonheur. Et si ces deux semaines ardéchoises sont mouvementées, il n’en reste pas moins que tous les bons moments passés donnent envie. Peut-être le besoin de soleil ?

Et en parlant d’Ardèche, l’auteur rend un vibrant hommage à ce département au fil du parcours de ces neuf personnages. L’excursion au fil des torrents passant sous le Pont d’Arc, les visites des villages pittoresques bourrés d’Histoire, le côté paisible et sauvage du coin : tout cela donne envie de se ressourcer en Ardèche.

L’écriture plaisante de l’auteur nous porte au fil de ce roman aux personnages savoureux, vrais, aux situations parfois drôles, parfois tristes, parfois douces amères, dans un décor pittoresque qui donne envie. Une belle découverte, un chouette roman.

Ma note : 4/5

 

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