La mélancolie du kangourou de Laure Manel

Le premier roman de Laure Manel, La délicatesse du homard, a connu un succès retentissant. Bien que je n’ai l’ai pas encore lu – mais cela ne devrait plus trop tarder – il était impensable que je ne réponde pas « présent » quand on m’a proposé la lecture de son nouveau roman, La mélancolie du kangourou. Et grand bien m’en a pris ! Ce roman est très douloureux, certes, mais c’est une ôde à la vie, celle qui continue malgré tout, celle qui peut être heureuse en dépit de situations éprouvantes et terribles. Parce que se reconstruire n’est pas simple, mais nécessaire. Parce qu’on n’est jamais seul.

Antoine est follement amoureux de Raphaëlle, sa femme, qui s’apprête à donner naissance à leur premier enfant. Ce dernier, si elle le désirait peut-être un peu plus que lui, est attendu avec impatience par le couple. Mais le jour de l’accouchement, rien ne se passe comme prévu : Raphaëlle décède avant même d’avoir tenu sa fille dans ses bras. Pour Ant
oine, c’est le pire des drames. Il ne sait comment le surmonter, comment devenir père auprès d’une petite Lou qu’il ne parvient même pas à prendre dans ses bras. Epaulé par sa mère, il se rend rapidement compte qu’il ne parviendra à rien s’il reste chez lui. Il décide donc de reprendre le chemin du travail et de confier Lou à une nounou. Il choisit Rose, une jeune fille pleine de vie, qui crée un lien immédiat avec sa fille. Rose veut danser et se perfectionner dans une prestigieuse école de danse londonienne. Pour cela, elle doit mettre de l’argent de côté, et cet emploi est ce qu’il lui faut. Même si elle est mal à l’aise avec le mutisme de son patron et la présence trop importante de Raphaëlle dans la maison, elle se plaît à s’occuper de cette petite fille. Ses amis s’inquiètent pour elle, à tort. Son petit-ami, très jaloux, a du mal à accepter qu’elle puisse parfois dormir sur place et ne pas le voir pendant plusieurs jours. Mais qu’à cela ne tienne, elle ne laissera pas tomber Antoine et encore moins Lou. Se crée alors une relation particulière entre ces trois êtres. Et si elle parvenait à aider Antoine à se reconstruire ?

On ne va pas se mentir, le sujet du roman est difficile. J’ai été durement éprouvée à la lecture des premières pages. J’ai reposé le roman à maintes reprises, fait de courtes pauses, et pourtant l’écriture de Laure Manel est sensible, agréable, fine. Mais cette situation est une des pires qu’on puisse imaginer, surtout à un moment qui est censé être si beau et joyeux. On ne peut qu’imaginer ce que cela nous ferait, à nous, lecteurs, si cela devait nous arriver. Et c’est cela la force de l’auteur, parvenir à nous attendrir, à nous mettre à la place de ses personnages, à nous confronter à des situations inimaginables. Et à nous amener à faire preuve de tellement d’empathie que cela puisse parfois être douloureux.

Et puis on continue la lecture et on rencontre Rose. Rose pleine de vie, d’éclats, Rose l’optimiste, Rose prête à tout pour Lou, même à affronter ses amis. Rose, tellement vraie, tellement sincère, tellement rayonnante qu’elle nous entraîne du côté lumineux. Avec Antoine, on sombre un peu, mais quand on suit Rose, on brille. Et petit à petit, elle amène un peu de lumière dans le monde obscur de son patron. Et ceci sans pathos, mais surtout sans aucune amourette qu’on aurait pu facilement imaginer.

Et c’est sûrement cela qui m’a le plus agréablement surprise, que l’auteur ne choisisse pas la facilité en faisant tomber amoureuse Rose d’Antoine, ou le contraire [du moins dans un premier temps… !]. Et la relation qu’ils entretiennent est simple et belle à regarder fleurir. Le roman de Laure Manel nous entraîne dans une flopée de sentiments qui nous étonnent nous-même.

La reconstruction d’Antoine, son deuil, la difficulté à remonter la pente, à se réapproprier sa vie et à se concentrer sur l’essentiel, les gens qu’il aime et ses passions, sont évidemment les thèmes les plus importants et forts du roman. Par cette reconstruction, Antoine réapprend à vivre et à déterminer ce qui fait son bonheur en dehors de sa défunte femme. Apprendre à aimer sa fille et partager avec elle, revoir sa grand-mère qu’il aime tant mais voyait si peu car vivant à la montagne et Raph n’aimant pas trop les reliefs en altitude, se remettre à skier, lui qui voulait en faire son métier, s’affranchir des diktats de carrière de son père, apprendre à aimer les petites choses simples de la vie, voilà ce qu’Antoine va devoir faire.

Ce roman ne se déroule pas en quelques mois et ne nous fait pas croire, comme d’autres romans le font, qu’une telle tragédie peut se résoudre en quelques semaines. Entre la naissance de Lou et la fin de l’ouvrage, il se passe quelques années, années qui nous font découvrir et apprécier la reconstruction d’Antoine, mais aussi l’évolution de la vie de Rose qui elle aussi va devoir réussir à se concentrer sur ses rêves et ne pas continuellement se mettre de côté pour le bien être de son patron et de sa fille. Années qui nous permettent également de découvrir la petite Lou, son épanouissement et sa rentrée des classes.

En somme, un roman poignant sur la perte et le deuil, la reconstruction, la paternité difficile, la réinvention de sa vie. Un magnifique texte que je vous conseille chaudement

Ma note : 5/5

Laure Manel, La mélancolie du kangourou, Michel Lafon, Neuilly-sur-Seine, 2018

 

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