A la lumière du petit matin d’Agnès Martin-Lugand

Agnès Martin-Lugand, À la lumière du petit matin, Michel Lafon, Neuilly-sur-Seine, 2018

a la lumiere du petit matinIl y a un an, je découvrais les romans d’Agnès Martin-Lugand après avoir rencontré l’auteur. J’ai littéralement adoré les histoires qu’elle nous racontait, avec une préférence pour certains romans, pour certains personnages, pour certains univers, mais avec toujours un sentiment de satisfaction la dernière page lue. La sortie d’un de ses romans devient donc pour moi un événement annuel que je ne pourrai désormais plus manquer. Cette année, son héroïne a encore fait mouche. Evoluant dans le monde de la danse, entre Paris et le sud de la France, aux prises avec des questionnements sur les choix de vie, ce roman m’a littéralement embarquée.

Hortense approche de la quarantaine, est professeur de danse à Paris dans une école qu’elle codirige avec deux proches amis, Sandro et Bertille, et entretient une liaison avec un homme marié, Aymeric. Une situation qui lui convient. Elle donne l’impression d’être parfaitement heureuse, mais ses amis perçoivent un mal-être. Pour elle, ce sentiment-là est lié à la disparition de ses parents quelques années auparavant. Elle n’a jamais pu vraiment s’en remettre. Quand elle se blesse à la cheville et doit arrêter de danser pendant une longue période, elle se rend compte que sa vie ne lui convient plus. Et s’il était temps de reprendre pied et de se réinventer une vie ?

Hortense est un personnage fort auquel il est très facile de s’identifier. On s’est tous allé à accepter des situations par peur de se confronter à la réalité, aux changements qu’elle pourrait apporter. Ce roman nous fait prendre conscience que la vie est fragile, courte et précieuse et qu’il faut à chaque instant être en accord avec ses choix de vie. Si le message n’est pas nouveau, le personnage d’Hortense est si attachant, si humain et si fragile qu’il prend tout son sens et nous interroge.

La relation qu’elle entretient avec Aymeric, cet homme marié qui l’aime mais ne quittera jamais sa famille pour elle, est la colonne vertébrale du roman. Elle sous-tend toute la vie d’Hortense au point qu’elle s’oublie elle-même, s’efface pour lui. On sent ses amis souffrir pour elle, être en colère sans ne pouvoir rien faire au risque de se la mettre à dos. Sa prise de conscience que quelque chose cloche dans cette relation et dans sa vie est un vrai soulagement pour le lecteur qui étouffait avec elle. Car c’est sans doute cela la magie d’Agnès Martin-Lugand : avoir une plume qui s’adapte parfaitement à chaque situation que vivent ses personnages, au point de créer une identification presque parfaite avec eux.

Le monde de la danse y est également parfaitement développé, on s’imagine dans un cours avec ses élèves, ou encore dans les loges le jour du spectacle. Ce monde qui me fascine par ailleurs prend une place juste dans cet ouvrage. La danse, en tant que passion d’Hortense, pourrait en être un personnage à part entière. L’auteur parvient à décrire chaque sensation ressentie par Hortense, à tel point qu’on verrait presque le personnage danser dans notre tête et qu’on entendrait la musique. La frustration qu’elle ressent quand elle ne peut plus libérer frustration et colère par la danse constituent des moments forts et intenses de ce roman.

Enfin, sa maison du sud de la France, appartenant auparavant à ses parents et constituant presque un sanctuaire à leur mémoire, peut aussi être considéré comme un personnage de ce roman. Car cette maison représente le passé d’Hortense, elle représente ses peines et ses espoirs, mais aussi sa guérison. Elle est lieu de paix et de douceur, lieu où elle pourra peut-être panser ses plaies et réapprendre à vivre. Cette grande villa qui renferme mille possibles est à son image : elle va devoir accepter de la faire évoluer pour y parvenir elle-même.

Les personnages de ce roman, que ce soient les parisiens – Sandro, Bertille, Auguste, Aymeric – ou les sudistes – Cathy et Mathieu, ou encore Elias –, sont tous différents et profonds. Ils sont parfois abîmés par la vie, souvent maladroits, bourrés de fêlures, mais toujours entiers. Même Aymeric qu’on finit par prendre un peu en grippe reste égal à lui même, très égoïste mais pas méchant dans le fond. Bertille est maladroite, inquiète, ambitieuse et en devient fatigante envers Hortense, mais en somme elle n’a pas tort. On peut s’identifier à cette jolie galerie de personnages, même si on a tous un peu d’Hortense en nous – ou peut-être est-ce moi qui me suis beaucoup retrouvée dans ce personnage ?

Ce roman est bourré d’espoir, et comme chaque roman de l’auteur, nous en apprend un peu plus sur nous-même. S’il s’agit d’un roman feel-good, il a néanmoins une dimension en plus : celle de nous en apprendre plus sur nous, de nous interroger sur nous-même et de nous faire avancer dans nos vies.

Ma note : 5/5

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